


![]()
![]()
◊ Florian Deuter
violon et direction
12 concertos pour violon et orchestre dont 9 totalement inédits
CD1
CD2
Concerto en la majeur RV338 ![]()
Concerto en mi mineur RV274 ![]()
Concerto en do majeur RV176 ![]()
Concerto en mi mineur RV275 ![]()
Concerto en sib majeur RV377 ![]()
Concerto en fa majeur RVAhn130
Album réalisé avec le soutien de l'ADAMI


Antonio
Vivaldi (1678- 1741)
La jeunesse du concerto vivaldien
[...] Le programme de ce disque réunit pour la première fois la quasi-totalité des concertos pour violon de jeunesse qui ne font pas partie des recueils publiés. Il comprend donc plusieurs pièces qui n’avaient jamais été enregistrées jusqu’aujourd’hui, ou qui étaient même restées totalement inédites. On remarquera que plusieurs d’entre elles conservent un numéro du catalogue annexe de Vivaldi (Anhang), particularité due à certains paramètres de catalogage qui n’ont pas été actualisés. Sur ce disque, seul le concerto RV 274 présente quelques doutes quant à son authenticité. Bien que cette courte pièce est connue au travers de deux sources qui mentionnent clairement le nom de Vivaldi (rien n’empêche, il est vrai, que l’une ait été copiée à partir de l’autre), et que l’on trouve dans les ritournelles des traits à l’unisson et d’une incision rythmique très caractéristiques du style du compositeur, d’autres raisons stylistiques empêchent de le lui attribuer définitivement. Si ce concerto est bien de sa plume, il correspondrait à l’une de ses compositions les plus anciennes, datable, au plus tard, de la charnière 1700.
Le concerto RV 355 a été composé à cette même époque. D’une toute autre envergure, il est bâti sur l’enchaînement de nombreux mouvements à la façon d’une sonate « à l’ancienne », et ses épisodes solistes ne reprennent guère le nouveau langage violonistique de Corelli, mais plutôt les figures rapides et obstinées des fantaisies que les virtuoses nord-italiens et du Tyrol utilisaient régulièrement au cours de leurs exhibitions. Ce concerto, contemporain des concertos avec violon seul que Torelli publie dans son Opera ottava, correspond actuellement au premier exemple de concerto « virtuose » que nous connaissons de l’Histoire : le soliste n’est plus un concertino, il rompt la matrice orchestrale, devient autonome, principal, et élabore un langage adapté à sa nouvelle situation : la virtuosité concertante, langage qui révolutionne la perception du violon, de l’interprète et de la virtuosité.
Cette même structure de contrastes de mouvements se retrouve dans les concertos RV 175 et RV Anh.10, datables des années 1705-1710. Le premier des deux (en sept mouvements !) est un concerto grosso très élaboré sur le plan de la spatialité sonore, avec ses unissons, ses concertini imitatifs, ou ses divisions de motifs rythmiques sur plusieurs voix. Le deuxième, à la fois théâtral et dense, est sans doute le concerto pour violon principal le plus remarquable que nous connaissons de la première décennie du XVIIIe siècle (Johann Sebastian Bach l’a d’ailleurs transcrit pour clavecin). Pourquoi Vivaldi ne l’a-t-il pas publié dans L’Estro Armonico ? Serait-ce justement à cause de cet aspect ancien qui n’illustre pas la forme en trois mouvements que Vivaldi veut présenter ? ou bien à cause de la virtuosité de transe, brutale, qui y est sollicitée, et à laquelle peu de violonistes européens étaient alors préparés ?
Il est en effet important de remarquer que Vivaldi, pour d’évidents soucis de diffusion, prend un grand soin à ne publier alors que des œuvres qu’il sait adaptées aux possibilités et manières des instrumentistes européens. D’ailleurs il n’imprimera jamais ses fameuses fantaisies capables d’« épouvanter tout le monde » ou de faire « s’entretuer » le public. Les concertos RV 176, 220, 275, 291, et 338 (datables des alentours de 1710), donnent une bonne idée de la palette d’artifices qu’utilisait le prete rosso pour ne cesser de surprendre (donc d’intéresser) des publics souvent avides de tous types de défis. Entre les traits brillants, les gammes, arpèges et bariolages qui passent in extremis dans les tempos effrénés des RV 220, 275 et 338, et la mécanique plus brute du RV 291 et du très élaboré RV 176, avec leurs pulsations rigoureuses, leurs hautes positions, trilles, sauts de cordes, doubles cordes et contrastes sonores, l’effet virtuose est soutenu par une multitude d’effets orchestraux : les accompagnements passent du tissu harmonique au contre-chant rythmique, tout en créant des ambiguïtés sonores au moyen d’échos, et peuvent même disparaître soudainement pour laisser le soliste dans le vide (pour qu’il confirme – ou non – sa suprématie).
Les mouvements lents exposent quant à eux une multitude d’émotions de façon désinhibée ; une attitude absolument incomparable à l’époque dans la musique instrumentale. On atteint le paroxysme du jubilatoire dans le concerto RV 220, avec sa « fausse » basse obstinée, du lamento dans le RV Anh. 130 et le récitatif virtuose du RV 176 (basé pratiquement – avec beaucoup plus de prétention – sur les mêmes danse et concept que le RV 381) et de l’introspection dans les RV 377 et RV 291 (quelque peu parents). Vivaldi reprendra (et modifiera) d’ailleurs ce dernier mouvement au chromatisme complexe dans La Stravaganza, recueil qui sera en outre introduit par le premier mouvement du concerto grosso RV 381 (que Johann Sebastian Bach transcrit pour le clavecin), certainement en raison de sa brillante pulsation, de son incision rythmique et de sa remarquable fluidité italienne.
Les innombrables particularités structurelles, musicales, thématiques, conceptuelles et contextuelles que l’on pourrait relever dans chaque pièce, portent certainement à conclure que la création du concerto vivaldien – autant dire de la forme du concerto –, s’est faite avant tout sur la base de solides traditions formelles et instrumentales, animée toutefois par l’expérimentation, la curiosité, le théâtre, le plaisir et l’émotion. Un havre de liberté en somme, destiné à magnifier les passions les plus fondamentales de l’être humain.
Olivier Fourès
Enregistré à la Deutschlandfunk Kammermusiksaal, Cologne (Germany) en octobre 2007
Coproduction Duetschlandfunk
Direction artistique & montage Laurence Heym
Prise de son, Mikael Moeravitz
Texte musicologique Olivier Fourès
Livret français, allemand (traduction STI), anglais (traduction Mary Pardoe)
Artwork www.lemondeestpetit.comréférence EL0815
.
.
.
.
.
.
.
.
.